Ecologie

Les grenouilles et crapauds cherchent où passer l’hiver, l’abri simple à leur offrir dans le jardin

Crapaud blotti sous un tas de bois mort

À l’automne, les crapauds et les grenouilles disparaissent du jardin. Ils ne sont pas partis très loin : ils cherchent un trou à l’abri du gel, humide et tranquille. Si vous ne leur en proposez pas, ils se débrouilleront sous une dalle, dans un mur ou sous un tas de feuilles que vous aurez peut-être dispersé.

La bonne nouvelle, c’est que l’abri idéal tient souvent dans un simple tas de bois et de pierres, installé dans un coin ombragé. Voici où les amphibiens hivernent, comment construire ce refuge et quelles erreurs éviter.

La mare de Maggie : des crapauds en quelques semaines

Une histoire américaine montre bien ce que peut faire un petit coin de jardin. En 2017, Maggie, 14 ans, a creusé à la pelle une mare de moins de 4 mètres de diamètre dans le jardin familial, en Virginie, pour un cours d’agriculture. Une bâche, une bordure en pierre, quelques plantes d’eau douce et des végétaux nourriciers pour les insectes pollinisateurs ont suffi.

Les premiers crapauds sont arrivés au bout de quelques semaines. Les grenouilles et les rainettes versicolores ont suivi, puis les papillons et les colibris, attirés par les espèces indigènes plantées autour. Neuf ans plus tard, le jardin porte le label « Certified Wildlife Habitat », qui atteste d’un lieu où la faune peut se nourrir, s’abriter et se reproduire.

Le lien avec l’hiver est direct : une mare attire les amphibiens, mais elle ne règle qu’une partie de leur année. Une fois la saison de reproduction passée, ils quittent l’eau et ont besoin d’un refuge sur terre pour traverser le froid.

Où grenouilles et crapauds passent l’hiver au jardin

Les amphibiens sont des animaux à sang froid. Quand les températures chutent, leur métabolisme ralentit et ils entrent en hibernation. Ce qu’ils cherchent tient en trois points : une zone qui ne gèle pas en profondeur, une certaine humidité pour ne pas dessécher leur peau, et la tranquillité.

Les crapauds passent généralement l’hiver à terre. Ils s’enfoncent dans le sol meuble, sous des pierres, dans un tas de bois mort, sous un épais tapis de feuilles mortes ou dans le compost. Les grenouilles brunes font souvent de même, tandis que certaines grenouilles vertes peuvent rester dans la vase d’une mare profonde qui ne gèle pas jusqu’au fond.

Ces refuges profitent aussi à d’autres habitants : le hérisson, la couleuvre ou de nombreux insectes y trouvent eux aussi de quoi hiverner. Un seul aménagement sert donc toute la faune du jardin.

Fabriquer un abri simple : matériaux et emplacement

Tas de branches et pierres sous feuilles mortes

Ce refuge d’hivernage porte un nom : l’hibernaculum. Le mot est savant, la réalité l’est moins. C’est un amas de matériaux naturels, en partie enterré, qui crée des cavités à l’abri du gel et des prédateurs.

Pour les matériaux, récupérez ce que le jardin produit déjà : bûches et grosses branches, pierres de différentes tailles, un peu de paille, des feuilles mortes, de la terre. Évitez le bois traité et les gravats pollués.

L’emplacement compte autant que le contenu. Choisissez une zone ombragée, fraîche, à l’abri du vent et loin des passages (tondeuse, allées, aire de jeux). Si vous avez une mare, installez le refuge à quelques mètres du bord : les amphibiens n’auront qu’un court trajet à faire à l’automne et au printemps.

Pas de place ? Le tas de bûches suffit

Quelques bûches empilées contre un mur ombragé, avec des pierres glissées entre elles et des feuilles mortes par-dessus, offrent déjà un abri convenable, à l’image d’un tas de bois mort abritant insectes. Le dispositif est modeste, mais il fonctionne bien mieux qu’un jardin parfaitement net.

Les étapes pour construire un hibernaculum

L’idée est de créer des galeries qui restent à l’abri du gel tout en laissant passer un peu d’humidité. Comptez une petite heure de travail à l’automne, avant les premières grosses gelées.

  1. Creusez une fosse peu profonde à l’endroit choisi, assez large pour accueillir vos matériaux.
  2. Posez au fond les plus grosses pierres et les plus grosses bûches, en laissant des vides entre elles.
  3. Ajoutez par-dessus des branchages, des pierres plus petites et un peu de paille pour garder l’ensemble sec et isolé.
  4. Aménagez une entrée basse, par exemple un petit passage entre deux pierres, orientée à l’écart des vents dominants.
  5. Recouvrez le tout de terre et de feuilles mortes pour former un monticule, et laissez la végétation s’installer.

Une fois terminé, le tas ressemble à une butte un peu sauvage. C’est exactement l’effet recherché : plus il se fond dans le décor, moins il attire l’attention.

Erreurs à éviter et gestes utiles pendant l’hiver

L’erreur la plus fréquente consiste à tout ranger, sans penser aux abeilles solitaires hivernant dans le sol qui dorment parfois sous la surface. Un coup de ratissage dans les massifs, un compost retourné en janvier ou un tas de bois déplacé pour faire du feu, et ce sont des amphibiens endormis qui se retrouvent à découvert. Exposés au gel, ils n’ont presque aucune chance de s’en sortir.

Le calendrier du jardinier peut s’adapter à ces habitants discrets :

  • Octobre et novembre : construisez ou complétez l’abri, laissez les feuilles tombées au pied des haies et des arbustes.
  • Décembre à février : ne touchez ni au compost, ni aux tas de bois, ni aux pierres. Gardez une zone du jardin sans passage.
  • Mars et avril : attendez que les nuits redeviennent douces avant de nettoyer, car les animaux se réveillent progressivement et regagnent la mare.

Autre point à surveiller : ne comblez pas la mare et ne la vidangez pas en hiver. Si elle gèle, évitez de casser la glace à coups de marteau, les chocs perturbent les animaux qui hivernent dans la vase. Un petit trou d’aération, percé avec de l’eau tiède, aide à renouveler l’oxygène.

Pourquoi ces refuges comptent plus que jamais

Mare de jardin entouree de joncs et grenouille

Les mares font partie des habitats aquatiques les plus riches en espèces. Pourtant, plus de la moitié des mares d’Europe avaient disparu en 2020. Pour les amphibiens, chaque point d’eau et chaque refuge d’hiver conservé dans un jardin devient une pièce du puzzle.

Des écoles s’y mettent aussi. En 2023, la cour de l’école élémentaire de Vaugneray, dans le Rhône, a fait place à un espace de biodiversité avec les élèves. Dans le Jura, des collégiens de Lons-le-Saunier ont remis en état une mare asséchée depuis au moins trente ans. À l’échelle d’un jardin, la démarche est la même : une mare, quelques plantes et un tas de pierres peuvent faire revenir crapauds et grenouilles, puis les aider à passer la mauvaise saison.

Passionnée d’écologie et de climat, Murielle traduit les rapports scientifiques et les données publiques en conseils clairs pour agir chez soi, au travail et dans sa commune.

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