Elles avancent en file indienne, elles grignotent vos arbres et leurs poils peuvent vous gâcher la santé. Les chenilles processionnaires profitent du réchauffement climatique pour gagner du terrain, et le moment où vous décidez d’agir change beaucoup de choses. Bonne nouvelle : la saison du combat s’ouvre dès maintenant.
Dès l’automne : le bon moment pour agir
La réponse tient en une phrase : il faut lutter tout au long du cycle, et commencer dès l’automne. Jérôme Rousselet, chercheur à l’unité de zoologie forestière de l’Inrae Val de Loire, en donne la raison : « à l’automne les chenilles vont être plus jeunes et moins urticantes ». Moins de poils, moins de risques pour vous, et des colonies encore peu développées.
Attendre le printemps, c’est affronter des larves arrivées à maturité, bien plus dangereuses à manipuler. C’est aussi laisser les chenilles dévorer les feuilles pendant des mois. Les arbres, déjà éprouvés par la chaleur et la sécheresse, n’ont vraiment pas besoin de ça.
Des chenilles dangereuses pour les arbres et les humains
Le papillon (Thaumetopoea de son nom scientifique) ressemble à une mite brune et grise, bien inoffensive en apparence. Le problème commence avec sa larve : brune, longue de 4 cm au maximum, elle se déplace en groupe sur les branches, d’où son nom de « processionnaire ». Elle est couverte de poils urticants qui s’envolent et se logent partout.
Sur la peau, ils provoquent des éruptions de boutons douloureux. Dans les yeux, ils déclenchent une conjonctivite. Inhalés ou avalés, ils entraînent éternuements, maux de gorge, douleurs abdominales, et même difficultés respiratoires ou vomissements. Une chenille arrivée au terme de son développement peut porter jusqu’à 1 million de poils.
Côté végétal, l’affaiblissement des arbres est réel : les chenilles se nourrissent des feuilles ou des aiguilles, et la défoliation s’ajoute aux autres stress climatiques. Plus il fait chaud, plus elles prospèrent. Autrefois cantonnées aux régions méditerranéennes, elles remontent chaque année un peu plus vers le nord.
Cycle de vie : pins, chênes et calendrier des nids

Entre juin et septembre, le papillon réalise sa ponte sur les pins, les sapins et les cèdres, ou sur les chênes selon l’espèce. Les chenilles de la processionnaire du pin se développent ensuite pendant l’automne et l’hiver dans un nid cotonneux, sorte de barbe à papa qui les protège des intempéries. Celles de la processionnaire du chêne sévissent plutôt à partir du printemps.
En fin de cycle, la chenille descend de l’arbre et s’enfouit dans la terre pour se transformer en chrysalide, puis en papillon. L’invasion dure donc toute l’année, et chaque étape offre une prise différente pour la combattre.
Calendrier express : qui est actif, et quand ?
Ponte de juin à septembre. Chenilles du pin, du sapin et du cèdre : automne et hiver, dans les nids. Chenilles du chêne : à partir du printemps. Le meilleur créneau pour intervenir reste l’automne, quand les larves sont jeunes.
Retirer les nids : un geste à confier à un professionnel
Faut-il enlever les nids ? Oui, si l’on veut freiner la prolifération. Jérôme Rousselet l’affirme : « il vaut mieux enlever les nids ». Mais il prévient aussitôt qu’il faut « faire très attention », car un nid peut contenir des dizaines, voire des centaines de chenilles urticantes.
Son conseil est sans ambiguïté : « il vaut mieux faire intervenir un professionnel que le faire soi-même ». Ne montez donc pas sur une échelle avec un sécateur. Un geste maladroit libère un nuage de poils, et vous le respirez.
Des méthodes à combiner tout au long du cycle
Aucune astuce miracle n’existe. Selon le chercheur de l’Inrae, chaque méthode prise isolément n’est pas forcément très efficace. En revanche, en les associant tout au long du cycle, contre les papillons, les jeunes chenilles, les plus âgées et les chrysalides, on obtient un résultat à la fin.
Les pièges à chenilles processionnaires
Puisque la chenille doit descendre de l’arbre pour s’enfouir, on peut l’intercepter. Entourez le tronc de bandes collantes qui l’engluent. Dans certaines régions, les pouvoirs publics proposent à petit prix des pièges plus élaborés : un sac de terre suspendu à l’arbre, relié à un tuyau. La chenille croit avoir atteint le sol et reste prisonnière. À la fin de la saison, il suffit de détruire le sac, souvent en l’incinérant.
Les mésanges, alliées de votre jardin
Ce petit oiseau raffole des chenilles, et il dévore aussi les mineuses du marronnier. Plus vous l’attirez, moins vous aurez de processionnaires. Installez un ou plusieurs nichoirs, de préférence ceux conçus avec l’aide de la LPO pour séduire la mésange. Si vous aimez bricoler, la Ligue explique aussi comment les fabriquer. Multipliez les abris : avec la chaleur, les chenilles seront de plus en plus nombreuses.
Le traitement biologique
Dans les squares et les jardins privés, on peut pulvériser du Bacillus thuringiensis, une bactérie sans danger pour l’être humain mais mortelle pour les chenilles (pour aller plus loin, voir notre guide sur les insectes des arbres sans produit chimique). Ce traitement vise les jeunes larves, donc l’automne s’y prête bien. Dans les grands massifs, répandre un insecticide en quantité nuirait à la biodiversité.
Le rôle des pouvoirs publics

Dans les vastes forêts, les autorités misent surtout sur l’éloignement du public. La fermeture de forêt, partielle ou par sections, protège les promeneurs, comme cela arrive fréquemment en forêt de Rambouillet. Chez vous, la responsabilité est plus directe : à vous de poser les pièges, d’accueillir les oiseaux et de faire appel à un spécialiste pour les nids.
Le plus sûr est de ne pas attendre. Avec le réchauffement, la menace s’étend et s’installe pour de bon. Chaque geste posé à l’automne vous évite un printemps difficile, pour vous comme pour vos arbres.



