Ecologie

Le lierre en fleur à l’automne est la dernière table des abeilles et des papillons avant l’hiver

Mur de pierre couvert de lierre et petites fleurs

Passez près d’un vieux mur couvert de lierre un après-midi ensoleillé d’octobre et tendez l’oreille. Ça bourdonne. Alors que la plupart des plantes ont fini de fleurir, le lierre déploie ses ombelles verdâtres et attire une foule d’insectes. Le lierre en fleur à l’automne est l’une des toutes dernières tables bien garnies pour les abeilles et les papillons avant l’hiver.

La réponse courte à la question que beaucoup se posent : oui, il vaut mieux le garder, et surtout ne pas le tailler tant qu’il fleurit. Voici pourquoi, et comment l’entretenir sans priver la petite faune de son dernier repas.

Pourquoi le lierre fleurit-il en automne, quand presque tout s’arrête ?

Le lierre commun (Hedera helix) joue la carte de la floraison tardive. Ses fleurs s’ouvrent de septembre jusqu’en novembre, selon le climat et l’exposition. À cette période, les prairies sont fanées, les tilleuls et les fruitiers sont loin derrière, et les asters ou les dernières rudbeckias du jardin s’épuisent.

Ses petites fleurs, réunies en boules jaune-vert, sont généreuses en nectar et en pollen. Le nectar apporte l’énergie rapide dont les insectes ont besoin pour voler, et le pollen sert de protéines, notamment pour les colonies et les larves. Dans un paysage qui se vide, cette double ressource pèse lourd.

Faut-il pour autant parler de « dernière » table ? Soyons précis : d’autres plantes, comme certaines asters ou les arbustes fleurissant dès les premiers froids, peuvent prendre le relais par temps doux. Mais le lierre reste l’une des rares sources abondantes et très répandues à cette saison, ce qui explique qu’on le présente ainsi.

Quels insectes profitent de sa floraison et pourquoi comptent-ils avant l’hiver ?

Les visiteurs sont nombreux, à l’image de ceux qu’attirent les arbres qui fleurissent en automne. Les abeilles domestiques y font de dernières réserves, les bourdons s’y arrêtent encore, et plusieurs espèces de guêpes et de mouches s’y installent. Les syrphes, ces mouches rayées qui imitent les guêpes, y sont particulièrement actifs, et leurs larves protègent ensuite le jardin en dévorant les pucerons.

Une espèce mérite une mention spéciale : l’abeille du lierre (Colletes hederae). Cette abeille solitaire sort en septembre au moment où le lierre s’ouvre, et elle dépend en grande partie de son pollen pour approvisionner ses nids. Sans floraison, elle n’aurait tout simplement pas de quoi se reproduire.

Côté papillons, on observe souvent le vulcain, le robert-le-diable ou le paon-du-jour, qui viennent faire le plein avant de chercher un abri pour passer l’hiver. Ces insectes ont besoin de réserves de graisse pour tenir plusieurs mois. Une floraison tardive peut donc faire la différence entre un individu qui survit et un autre qui s’éteint.

Octobre au jardin : le bon réflexe avec un lierre fleuri

Laissez-le tranquille jusqu’à la fin de la floraison, généralement en novembre. Une taille en pleine période de butinage retire d’un coup les fleurs, et donc la ressource des insectes qui comptent dessus.

Lierre grimpant ou arborescent : seule la forme adulte fleurit

Mur en pierre couvert de lierre aux feuilles lobees

Si votre lierre ne fleurit jamais, ce n’est pas qu’il est malade. Le lierre passe par deux stades. Le lierre grimpant, ou forme juvénile, a des feuilles lobées, il s’accroche aux supports avec ses crampons et reste stérile. Il peut couvrir un mur pendant des années sans produire une seule fleur.

La forme adulte, appelée lierre arborescent, apparaît quand la plante atteint la lumière, souvent en haut d’un mur, d’un arbre ou d’un grillage. Ses feuilles deviennent ovales, entières, ses tiges se dressent, et c’est elle qui fleurit puis fructifie. Les rameaux de cette forme gardent d’ailleurs leur caractère adulte quand on les bouture, ce qui permet d’obtenir un petit buisson fleuri plutôt qu’une plante grimpante.

Pour favoriser la floraison, il faut donc laisser le lierre monter et ne pas le raser systématiquement à hauteur de fenêtre. Un lierre taillé en permanence reste juvénile et ne nourrit personne. Si vous manquez de place, un pied de lierre arborescent en massif, associé à un népéta ou à des asters, offre un bon compromis.

La fructification suit la floraison. Les baies, vertes puis noires, mûrissent à la fin de l’hiver et au printemps. Elles nourrissent alors les oiseaux comme les merles, les grives ou les pigeons ramiers, à un moment où les autres fruits ont disparu. Le feuillage dense, lui, abrite aussi petite faune et oiseaux nicheurs.

Le lierre abîme-t-il les murs et les arbres ? Ce qu’il faut vraiment savoir

C’est la grande crainte qui pousse à l’arracher. Elle est en grande partie exagérée. Sur un mur sain, enduit ou en pierre bien jointoyée, le lierre ne détruit rien : ses crampons s’agrippent à la surface sans la pénétrer. Il peut même protéger la façade des écarts de température et de la pluie battante.

Le risque existe surtout sur un support déjà dégradé. Dans un enduit fissuré ou un joint effrité, les racines-crampons peuvent s’insinuer et aggraver les fissures. Avant de laisser grimper un lierre, vérifiez donc l’état de la façade, et évitez-le près des gouttières, des volets ou sous les tuiles.

Pour les arbres, le lierre n’est pas un parasite : il ne puise pas la sève, il s’en sert comme support. Sur un arbre sain, il cohabite sans problème. Sur un sujet affaibli ou très âgé, son poids et l’ombre qu’il crée peuvent en revanche ajouter une contrainte, notamment en cas de vent ou de neige. Dans ce cas, on limite sa progression plutôt que de l’arracher en bloc.

Idée reçue : « le lierre détruit les murs »

Faux sur un support sain. Le vrai problème vient d’un mur déjà fissuré, où le lierre s’engouffre. Un contrôle de la façade avant plantation règle presque toujours la question.

Quand et comment tailler sans sacrifier les fleurs

Secateur rouille pose sur un mur couvert de lierre

Le bon calendrier tient en une règle : on ne touche pas au lierre entre septembre et novembre, période de floraison. Mieux vaut attendre que les fleurs soient passées, puis tailler en fin d’hiver, avant la période de nidification des oiseaux, qui démarre autour de la mi-mars et se prolonge jusqu’en été. Hors de ces créneaux, une taille lourde est à éviter.

Une taille raisonnée respecte quelques principes simples :

  • Alléger plutôt que raser : couper les tiges qui s’approchent des fenêtres, des gouttières et des toitures.
  • Conserver les parties hautes et ensoleillées, qui portent les fleurs et ensuite les baies.
  • Laisser une zone non taillée, par exemple un pan de mur ou un coin de clôture, pour le refuge de la faune.
  • Utiliser un sécateur ou des cisailles bien affûtés pour des coupes nettes.

Une précaution de taille : toutes les parties du lierre sont toxiques pour l’humain et pour les animaux domestiques, et les baies en particulier ne se mangent pas. La sève peut aussi irriter la peau chez les personnes sensibles. Portez des gants et des manches longues lors de la taille, et tenez enfants et animaux éloignés des tiges coupées et des baies.

En résumé, un lierre adulte laissé libre de fleurir offre au jardin un double service : un buffet pour les pollinisateurs à l’automne, puis des baies et un abri pour les oiseaux en hiver. Il suffit souvent de retarder le coup de sécateur de quelques semaines pour que la biodiversité y gagne beaucoup.

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Article publié par la rédaction de L'Ecologie pour Tous.

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