Des tomates attachées une à une à de petits tuteurs, des boutures arrosées chaque jour, un mistral qui malmène les jeunes pousses. À la Belle de Mai, dans le 3e arrondissement de Marseille, une parcelle de terre voit pousser un projet inédit : la première pépinière de quartier du secteur, pensée pour que les habitants se réapproprient la verdure.
Une pépinière de quartier portée par Pépins Production à la Belle de Mai
Derrière le projet, on trouve Pépins Production, une association nationale qui dispose d’une antenne à Marseille. Sa cheffe de projet et pépiniériste, Estelle Marin, pilote le lieu au quotidien. L’idée : produire sur place des espèces adaptées au climat méditerranéen et organiser des activités pédagogiques autour des plantes.
La pépinière se situe à proximité de la Friche et du Centre de conservation et de ressources du Mucem. Elle occupe une parcelle de 1 000 m² qui appartient à la Ville de Marseille. L’association l’occupe dans le cadre d’une convention de trois ans, avec une mission claire : développer la végétalisation du quartier grâce à une démarche pédagogique.
Une serre froide pour produire des plants méditerranéens
Premier équipement sorti de terre : une serre froide d’environ 45 m², construite avec l’association Terrains Vagues. Elle n’est pas chauffée, mais elle garde une partie de la chaleur emmagasinée dans la journée. Résultat, les semis et les boutures démarrent plus tôt dans la saison. Des portes ouvrantes servent à réguler la température.
Le matériel de culture est rangé dans un conteneur installé sur la parcelle. Côté terre, les premières plantations poussent dans un substrat acheté auprès d’un fournisseur des Pennes-Mirabeau. On y trouve de petits poivrons, du basilic, de la sauge, de la menthe poivrée et de la roquette sauvage, cette dernière en cours de bouturage.
Des ateliers avec les élèves du groupe scolaire Ahmed Litim et les habitants

Le terrain est collé au groupe scolaire Ahmed Litim, et ce n’est pas un hasard. Deux fois par semaine, des élèves viennent y faire des semis, des boutures et découvrir les plantes. Ils y apprennent les bases du jardinage et la façon dont un végétal se développe.
Des habitantes de la Belle de Mai participent aussi aux gestes du quotidien, comme le palissage des tomates après les coups de vent, à l’image d’un jardin partagé de quartier. Le lieu reste toutefois fermé en dehors des ateliers : on ne pousse pas la grille pour flâner entre les rangs.
Participer à la pépinière : ce qui est ouvert, ce qui reste flou
Les ateliers se déroulent sur la parcelle, avec les scolaires et les habitants. Les plants seront vendus au printemps, mais le calendrier précis et les tarifs ne sont pas encore détaillés. Les habitants ne se sont pas non plus constitués en association autour du projet : la structure de participation reste à bâtir.
Des plants aromatiques vendus à prix solidaires dès le printemps
C’est le rendez-vous à cocher pour les riverains. Dès le printemps, les plants seront proposés à la vente aux particuliers, à des prix solidaires. L’objectif est de donner à chacun de quoi cultiver ses aromatiques. Estelle Marin le résume en visant les logements où la place manque : « même dans un logement en résidence ou un appartement disposant de peu d’espace extérieur et de lumière ».
Une touffe de basilic ou de menthe sur un rebord de fenêtre suffit pour cuisiner avec ses propres herbes, et un troc de plantes et de graines permet aussi de se fournir sans payer. Pour un quartier dense, c’est une manière très concrète de faire entrer la nature dans les appartements.
Les partenaires du quartier, déjà dans la boucle
Pépins Production souhaite nouer des partenariats avec les acteurs locaux. Deux sont cités : le CHO3, collectif d’habitants du 3e arrondissement, et le LaboFriche, qui mène des démarches de recherche et de coopération autour des enjeux urbains et écologiques à la Friche la Belle de Mai. Ces liens devraient donner à la pépinière un ancrage plus durable dans la vie locale.
Une analyse du sol en cours et les projets de jardins voisins
Avant de planter en pleine terre, il faut savoir ce que contient le sol. La parcelle a déjà fait l’objet d’une opération de désamiantage. Une analyse complémentaire doit maintenant être menée dans le cadre du programme Manuterra de la Fondation d’entreprise Hermès, en partenariat avec le groupe scolaire Kléber, lui aussi dans le 3e arrondissement.
Marseille sert ici d’année pilote pour ce programme. L’étude est confiée au laboratoire de microbiologie des sols LAMS, du laboratoire Bourguignon, chargé de caractériser le sol de la parcelle. Les résultats diront ce qu’on pourra y cultiver à terme.
La pépinière n’est pas le seul chantier de Pépins Production dans la ville. L’association accompagne d’autres jardins partagés, comme celui de Bougainville, où une vingtaine de personnes font vivre le lieu. Il se trouve en bordure du nouveau parc municipal en cours d’aménagement autour du ruisseau des Aygalades.
Portrait chiffré de Marseilles-lès-Aubigny
Ce qu’il faut retenir pour les habitants de la Belle de Mai
La pépinière est jeune, sa serre vient d’être montée et ses premiers plants sortent à peine de terre. Pour les habitants, les rendez-vous les plus concrets sont les ateliers et la vente de plants du printemps. Le reste, l’organisation collective, les partenariats et l’usage du sol, se dessinera au fil des trois ans de convention.





