Ecologie

Un nid de frelons asiatiques apparaît dans l’arbre dénudé, que faire sans prendre de risque

Nid de frelons asiatiques suspendu sur une branche nue

Les feuilles sont tombées et, au sommet du peuplier ou du chêne, une grosse boule grisâtre apparaît enfin. Elle était là depuis des mois, cachée par le feuillage. Votre premier réflexe sera peut-être de prendre une perche ou de lancer une pierre. C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire.

Un nid dans un arbre dénudé : est-il encore actif ?

En hiver, un nid de frelon asiatique (Vespa velutina) visible dans un arbre sans feuilles est le plus souvent un nid abandonné. La colonie s’éteint avec le froid, les ouvrières meurent et les jeunes reines fondatrices ont déjà quitté le nid à l’automne pour passer l’hiver à l’abri, dans un tronc, un tas de bois ou une cavité. Ce sont elles, et non le nid, qui redémarreront une colonie au printemps. Le nid ne sera pas réoccupé.

Ce constat rassurant a pourtant une limite : vous ne pouvez pas vérifier depuis le sol si le nid est vraiment vide. Une douceur persistante en début d’hiver, un nid mal identifié (il peut s’agir d’un frelon européen ou d’une autre espèce) ou une colonie tardive peuvent brouiller les pistes. Dans le doute, on se comporte comme si le nid était habité.

Les bons réflexes pour ne prendre aucun risque

La règle de base tient en une phrase : on observe de loin, on ne touche à rien. Un nid de frelons se défend. Si la colonie est encore là, les insectes fondent en nombre sur toute vibration, toute fumée ou tout projectile, et leur piqûre injecte un venin qui peut être dangereux, surtout chez les personnes allergiques et chez les enfants.

Concrètement, voici ce qui vaut mieux que n’importe quelle initiative personnelle :

  • garder une distance confortable et tenir les enfants et les animaux à l’écart de la zone ;
  • ne jamais secouer l’arbre, tirer, brûler ou arroser le nid ;
  • repérer l’emplacement exact (arbre, hauteur approximative, parcelle) et prendre une photo de loin ;
  • éviter de tailler ou d’abattre l’arbre tant que le nid n’a pas été identifié.

Nid vide ou nid actif : le doute qui justifie l’avis d’un pro

Un nid inactif ne se détruit pas forcément, mais seul un professionnel peut le confirmer sans s’exposer. À toute période d’activité, la destruction du nid exige un équipement spécifique et un savoir-faire : les nids dépassent parfois plusieurs dizaines de centimètres et abritent beaucoup d’insectes.

À qui signaler le nid et quand faire intervenir un professionnel

Facade de mairie avec tablette affichant une carte communale

Le premier interlocuteur est la mairie. Elle sait comment le signalement est organisé sur le territoire et peut vous orienter vers la bonne personne. Beaucoup de communes s’appuient désormais sur des plateformes de signalement, locales ou nationales, pour recenser les nids et décider de leur traitement.

Lors de votre appel, donnez les informations qui permettent d’agir sans perdre de temps : l’adresse précise, l’essence de l’arbre, la hauteur estimée du nid, sa taille approximative et la photo prise à distance. Précisez aussi s’il se trouve près d’une école, d’une habitation ou d’un chemin fréquenté. C’est souvent ce critère de sécurité qui fait passer un signalement en priorité.

Dans les Landes, l’un des départements les plus exposés à la pression du frelon asiatique, la question dépasse d’ailleurs la simple gêne. À Saint-Martin-d’Oney, le maire Philippe Saës résume ce que ressentent les habitants : « Quand la population parle du frelon, elle parle de sécurité, avec un nid à côté d’une école ou d’une maison. » Les apiculteurs, eux, ajoutent un autre enjeu, celui de la biodiversité. L’un d’eux avance que l’insecte s’attaque à 1 500 espèces d’insectes.

Si le nid est confirmé actif, on fait appel à un professionnel de la destruction des nids. Les pompiers n’interviennent pas systématiquement pour ce type de situation : en cas de danger immédiat pour des personnes, c’est la mairie ou les secours qui indiqueront la marche à suivre.

En cas de piqûre : quoi faire et quand appeler les secours

Une piqûre isolée provoque une douleur vive, une rougeur et un gonflement local. Éloignez-vous d’abord de la zone, car d’autres frelons peuvent suivre. Retirez le dard s’il est resté dans la peau, nettoyez à l’eau et au savon, puis appliquez du froid pour calmer la douleur.

Le danger vient surtout de l’allergie au venin. Appelez immédiatement le 15 ou le 112 si vous constatez l’un de ces signes : difficulté à respirer, gonflement du visage ou de la gorge, malaise, vertiges, démangeaisons étendues ou vomissements. Ils peuvent annoncer un choc anaphylactique, qui se joue en minutes. Il faut aussi réagir vite en cas de piqûres multiples ou de piqûre dans la bouche ou la gorge, même sans antécédent allergique.

Limiter l’installation de nouveaux nids l’année suivante

Piège en plastique accroché à un chêne

Ce nid ne repartira pas, mais les reines qui en sont issues, si. C’est pourquoi la lutte se joue sur le piégeage saisonnier des reines fondatrices, au printemps quand elles sortent d’hivernage, et à l’automne quand les nouvelles fondatrices se préparent à passer l’hiver. À Saint-Martin-d’Oney, les apiculteurs et la commune organisent justement ce piégeage par secteurs, avec des piégeurs coordonnés par un pilote, pour couvrir toute la commune plutôt que quelques propriétés isolées. « Pour limiter le nombre de nids, on piège les reines au moment où elles sortent », explique l’apiculteur Jean-Jacques Cladères.

Dans votre jardin, vous pouvez agir à petite échelle, à condition de rester sélectif, et de vous renseigner sur les plantes qui attirent les frelons asiatiques. Un piège mal conçu capture tout ce qui vole, y compris les insectes utiles qu’on cherche à protéger. Au printemps, les apiculteurs placent plutôt les pièges loin des ruchers, près des arbres en fleurs. Renseignez-vous auprès de votre mairie ou d’un apiculteur local avant d’installer quoi que ce soit.

Enfin, repérez dès le printemps les premiers petits nids, souvent installés dans un abri, un cabanon ou une haie. Les signaler tôt, c’est éviter la grosse boule de l’été dans la cime d’un arbre, et la surprise de l’hiver suivant.

Passionnée d’écologie et de climat, Murielle traduit les rapports scientifiques et les données publiques en conseils clairs pour agir chez soi, au travail et dans sa commune.

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