Vos tiges de rhubarbe ressemblent de plus en plus à des allumettes ? Ce n’est pas forcément la faute du temps ou du sol. Une touffe plantée il y a six ou sept ans et jamais touchée finit par s’étouffer elle-même, et le remède tient en un seul geste : la sortir de terre pour la partager.
Diviser la rhubarbe en automne : le bon moment et le principe
La réponse tient en deux repères. La période idéale s’étend d’octobre à novembre, quand le feuillage a jauni et que la plante entre en dormance. La fréquence, elle, se situe autour de 4 à 6 ans pour une souche installée en pleine terre.
Pourquoi cela fonctionne-t-il ? Avec les années, la couronne grossit, le centre de la souche vieillit et se creuse, tandis que les bourgeons se multiplient en périphérie. Ils se disputent alors la même réserve d’eau et de nutriments, ce qui donne beaucoup de petites tiges grêles et plus aucune belle côte charnue. En divisant, vous supprimez le vieux cœur et vous gardez les parties les plus vives, celles qui repartiront avec de l’énergie.
L’automne a un autre avantage : le sol est encore tiède et souvent humide. Les racines des éclats ont tout l’hiver pour s’ancrer, sans que la plante ait à nourrir des feuilles. Au printemps, elle redémarre déjà installée.
Comment diviser un pied épuisé, étape par étape
Avant de sortir la bêche, assurez-vous que votre touffe est réellement fatiguée par l’âge, et pas seulement par une saison trop sèche. Le petit test ci-dessous vous évitera de déterrer un pied qui n’en avait pas besoin.
Épuisée ou juste assoiffée : le test de la couronne
Écartez la paille ou la terre autour du collet. Si le centre de la souche est dégarni, creux ou mou, avec des bourgeons petits et serrés sur le pourtour, la division s’impose. Si la couronne est dense et ferme, et que les tiges fines ont suivi un été sec, un arrosage copieux et un paillage suffiront à la remettre d’aplomb.
Si le verdict est clair, voici la marche à suivre, une fois les feuilles flétries et coupées au ras du sol.
- Dégagez la souche en creusant en cercle à 30 cm environ du centre, puis soulevez la touffe à la fourche-bêche sans la déchiqueter.
- Secouez ou rincez la motte pour voir les bourgeons : ce sont les gros yeux rouges ou roses, bien gonflés, sur le dessus de la couronne.
- Jetez le cœur ancien, ligneux et spongieux, qui ne repartira pas.
- Sectionnez le reste au couteau bien affûté ou à la bêche, en éclats comportant chacun 2 à 3 bourgeons et un morceau de racines charnues.
- Laissez les coupes sécher quelques heures à l’ombre, ou poudrez-les de cendre de bois pour limiter les risques de pourriture.
Un repère simple pour ne pas se tromper de taille : un éclat doit tenir dans les deux mains, avec au moins un gros bourgeon bien formé. Trop petit, il mettra deux ans à rattraper son retard. Trop gros, il reproduira le problème de la vieille touffe quelques années plus tard.
Replanter et nourrir les éclats pour qu’ils repartent

La replantation se fait le jour même, pour que les racines ne se dessèchent pas. Choisissez un emplacement ensoleillé ou mi-ombragé, dans une terre profonde, fraîche et bien drainée. Évitez de replacer les éclats exactement au même endroit : le sol y est fatigué, autant déplacer la rhubarbe de quelques mètres ou renouveler largement la terre.
Creusez un trou d’environ 40 cm de large et mélangez au fond une bonne pelletée de compost mûr ou de fumier décomposé. C’est la fumure de départ, qui nourrira la plante pendant plusieurs mois. Posez l’éclat de façon que le sommet des bourgeons affleure la surface, ou se trouve tout au plus à 2 ou 3 cm sous la terre, puis tassez doucement. Gardez environ 80 cm à 1 m entre chaque pied, la rhubarbe prend de l’ampleur.
Terminez par un arrosage généreux, puis par un paillage de feuilles mortes, de compost ou de paille sur 5 à 10 cm, à la manière d’une technique en couches décrite pour empiler feuilles et compost en lasagnes. Ce manteau protège les racines du gel, garde l’humidité et se transforme peu à peu en humus. Laissez toutefois un petit dégagement autour des bourgeons pour qu’ils respirent.
Les erreurs qui annulent la division
Plusieurs fausses manœuvres reviennent souvent et ruinent le travail de l’automne. La plus courante consiste à enterrer trop profondément les éclats : le collet reste humide en permanence et la pourriture du collet s’installe, surtout dans une terre lourde. À l’inverse, une couronne laissée à l’air libre grille au premier gel sévère.
Autre piège, diviser en morceaux minuscules pour multiplier les plants. Un éclat sans bourgeon vigoureux ne produira rien, ou presque. De même, mutiler les racines en les rognant pour faire entrer l’éclat dans un trou trop petit affaiblit sa reprise. Mieux vaut agrandir le trou.
Enfin, beaucoup de jardiniers veulent récolter dès le printemps suivant, par impatience. Laissez les tiges de la première année tranquilles, elles aident la plante à constituer ses réserves. Si une hampe florale apparaît, coupez-la à la base : la floraison épuise la souche pour rien.
Ce qu’on observe au printemps suivant

Dès mars-avril, les bourgeons gonflent et laissent sortir des feuilles plissées, d’un rouge vif. La première année, les pétioles restent encore modestes, c’est normal : la plante refait son système racinaire. Une cueillette très légère, deux ou trois côtes par pied au plus, est envisageable à la fin de la saison si le plant paraît costaud.
À partir de la deuxième année, la différence saute aux yeux. Les tiges sont plus épaisses, plus régulières, plus colorées, et la touffe retrouve une vraie vigueur. Pour entretenir ce regain, remettez du compost chaque automne, gardez le paillage en place et arrosez en période sèche, en suivant les conseils pour arroser le jardin en octobre. Vous n’aurez à renouveler l’opération que dans cinq ou six ans, avec le même scénario : un cœur qui se vide, des bourgeons nombreux, et des éclats prêts à repartir.







